Je longeais le torrent au rebours de sa course
L’atmosphère empoisonnait la fin de l’été
Qui promettait tandis que j’espérais ma source
Que tout allait finir par se décomposer

Au sortir d’un taillis, dans un bassin de pierre
J’ai vu, se baignant nue, une femme et son corps
M’était le bas caché par le grès et le lierre
Le haut m’ensorcelait en me sifflant ses sorts

Son visage était doux comme usé par le sable
Et ses yeux pleins de vie et de désir mêlés
Me fixaient d’un regard froid et imperturbable
D’attention, de tristesse et de sévérité

Comment te nommes-tu,  soudain me lance-t-elle
Je lui donnai mon nom, lui demandai le sien
Je suis mère du Sphinx, et tu peux finit-elle
M’appeler douce mère, en caressant son sein

Elle m’attire à elle et pose sur ma bouche
Ses lèvres, sur sa poitrine pose ma main
Je me laisse guider, à peine je la touche
Elle me fait tomber dans le feu de son bain

Quand j’ai désiré pénétrer le sanctuaire
Où son désir se tapissait, là j’ai senti
Les écailles froides d’une queue de vipère
Qui s’enroulait autour de mes sens interdits

J’ai pris peur, j’ai sauté dehors de la fontaine
Elle a soudain bondi comme un cri hors de l’eau
J’ai vu glisser sur ses écailles une chaîne
Qui brillait tandis qu’elle prononçait ces mots

“Les énigmes de mon fils battront tes oreilles
D’un vertige trop blanc pour tes pâles couleurs
Et moi, couvant l’espoir qu’un jour tu te réveilles
J’enfanterai d’autres monstres dans la douleur

Et tu ne trouveras jamais ce que tu cherches
Dans ce labyrinthe que toi-même construis
A chacun de tes pas, et tu mourras des flèches
Que le Ciel fait pleuvoir sur nos ruts interdits”

Puisse-t-elle mentir et moi couper la tête
Au dragon qui l’habite et ainsi me libérer
Du retour éternel aux phares de la bête
Et briser le sommeil de l’immortalité

Puisse-t-il avoir tort et se couper la tête
Sacrifier au dragon son infertilité
Devenir enfin l’Homme en embrassant la Bête
Briser le carrousel de l’infantilité

Echidna

par Les Nouveaux Teinturiers | Premières couleurs