Dans une anti-cave d’un des multiples sous-sols du Palais de Traumstadt, les archives qui détiennent les mythes et légendes des débuts de l’humanité -ou qui du moins s’en enorgueillissent- se disloquent inexorablement, au gré des moments d’inertie qui alourdissent la danse de nos mémoires. Certains prétendent que parmi les innombrables manuscrits qui s’égrènent en ce lieu, sommeille l’unique exemplaire enluminé des récits de Koïot, récits chantés par les Quatre Vents du monde, alors qu’eux-mêmes venaient juste d’avoir pris connaissance de leur propre couleur.

Koïot est le héros de ces contes : c’est un voleur, qui est même allé jusqu’à usurper le nom qu’il s’est approprié.

Certains présentent Koïot comme un double du chaos originel se manifestant dans l’optique de se reconnaître lui-même. D’autres dénoncent un usurpateur passé maître dans l’art de faire mentir les apparences, le père originel du mensonge déguisé.

Il est inscrit dans ce livre que Koïot aurait enfanté un poème composé de neuf chants rédigés autour d’une géométrie infernale, responsable du déséquilibre de notre univers actuel nécessairement involutif. Un chant parle de l’agonie du soleil éternel. Un autre, de la fin de l’univers visible. Un autre encore, des exploits de Koïot avant qu’il ne prenne le nom de Koïot et qu’il se faisait alors appeler Nak-Pha’o.  Les autres chants ne sont connus que de celles et ceux qui ont réussi à déchiffrer les partitions qui les réduisent et dont les notes composent l’alphabet du poème.

Des rois assurent que si les chansons ne sont pas écoutées dans un ordre bien particulier –elles apparaissent en désordre dans le recueil – on peut devenir fou ou tout simplement perdre la vie; des fous répliquent que l’écoute des cantiques selon la séquence adéquate apporterait à l’auditeur attentif toutes les réponses à toutes ses questions, ainsi que l’immortalité.

À la fin du livre, il est écrit que Koïot s’est retiré de son monde imaginaire et qu’il vit aujourd’hui parmi nous, quelque part dans une montagne inaccessible où, patient, il attend que la prophétie qui annonce que “lorsque le Crépuscule des Dieux arrivera, le serpent dévorera la Terre, et le loup le soleil”, se réalise.