La forêt des Globes contient l’ensemble des arbres de la forêt, l’ensemble des plantes de la forêt, l’ensemble des animaux de la forêt, tout l’humus de la forêt; elle contient également l’ensemble des bruits de la forêt et le vent qui souffle à travers la forêt; elle contient l’ensemble de tout ce qui constitue la forêt des Globes. Si l’ensemble de tout ce qui constitue la forêt des Globes disparaît, la forêt des Globes disparaît. La première remarque qui me vient à l’esprit à la lecture de ce qui précède est que la forêt des Globes n’existe pas.

Et pourtant, je m’y suis promené et j’ai observé ce qui s’y passe: des arbres poussent et le vent vient balancer leurs branches, des plantes fleurissent et des abeilles viennent les butiner, des champignons surgissent dans des quasi explosions puis se désintègrent et retournent à la terre. Il s’y passe tant de chose qu’il semble que tout y soit possible.

Certains, à une autre époque, ont essayé de mettre ce qu’ils appellent de l’ordre dans la forêt des Globes. À la base, l’idée n’était en soi pas mauvaise: il s’agissait de permettre aux explorateurs de retrouver plus facilement leur chemin et de profiter de manière plus efficace -c’est-à-dire en développant le moins d’effort possible- des produits de la forêt. Cela eut pour effet, dans un premier temps, de voir dans le développement de la forêt des signes de vigueur accompagnés d’une vitalité accrue. Là où la forêt était entretenue par ses bienfaiteurs, elle se portait à merveille, produisant pousses et fruits en plus grande quantité. En revanche, elle perdit vite en diversité et sa faune diminua rapidement et de manière spectaculaire. On peut même affirmer qu’elle aurait disparu, si ses bienfaiteurs n’avaient pas pris la sage décision d’abandonner leur projet de contrôle d’évolution de la forêt des Globes.

À présent, la forêt des Globes est redevenue elle-même et il est possible de s’y promener à nouveau en se laissant surprendre par la richesse de sa diversité qui émerge au fil de ses propres besoins et aspirations.

Si mes promenades dans la forêt des Globes m’ont permis de goûter à la joie de découvrir la richesse de sa diversité ainsi que de sa capacité à constamment se réinventer, je ne m’y suis pas plus attaché que ça. J’ai appris, en la traversant, que la confiance que je lui témoignais était intrinsèquement attachée à la forêt elle-même ainsi qu’à ses potentiels et que ce qui me semblait nécessaire, c’était de la parcourir librement, sans attache vis-à-vis de ses capacités propres. La liberté des mouvements que je permets à mon corps d’exprimer, l’intelligence de ces mouvements à laquelle je goûte, l’expression du bonheur qui surgit alors en moi, cette liberté totalement détachée des attentes que je pourrais avoir des attributs de la forêt des Globes, c’est elle qui m’apporte la possibilité d’inventer mon chemin et de voir au-delà des limites de ce que je connais et pense maîtriser.