Avant qu’il ne soit qu’une immense étendue de sables et de pierres fendues, une seule et grande brûlure impénétrable telle qu’elle se présente aujourd’hui aux yeux des voyageurs, il fut un temps où lacs et rivières traversaient et nourrissaient le désert d’Oklahm, le rendant verdoyant et accueillant pour le très grand nombre d’espèces animales et végétales de toutes sortes qui s’y développaient et s’y reproduisaient.

Le désert était alors recouvert de mille yeux tournés vers le ciel et les bleus de celui-ci venaient se refléter sur leur surface. Ces yeux, immenses et réguliers, étaient légèrement plus bombés que la courbure de la Terre et ils appartenaient, selon une légende aujourd’hui confondue, à la mère des sables, qui veillait sans ne jamais s’endormir sur les dunes qui se faisaient et se défaisaient au gré des vents qui balayaient l’immense étendue alors appelée jardins imaginés d’Oklahm. Les vents charriaient un spectre étendu de riches parfums allant des fragrances les plus légères jusqu’aux senteurs profondes et parfois entêtantes d’herbes utilisées par les nomades de l’époque et décrites dans des pharmacopées dont il ne subsiste de nos jours que quelques pages hermétiques et indéchiffrables et dont certains pensent que le manuscrit de Voynich serait inspiré de l’une d’elles.

Au gré des siècles, les yeux de la mer des sables veillaient et comme les yeux de toutes les mères pour des raisons qui leur sont propres, ils laissaient couler des rivières de larmes qui venaient arroser et nourrir sa progéniture.

Or, il est dit qu’un jour, un dieu d’un des lointains pays qui entourent le sommet nord du globe demanda de survoler la région d’Oklahm afin de se rendre au pôle sud pour y effectuer certaines expériences scientifiques. L’autorisation lui fut donnée et le dieu demanda alors de couvrir les yeux du désert d’un voile épais afin qu’il ne puisse être vu nu en train de passer dans le ciel. Des anges descendirent alors et déposèrent le voile sur l’ensemble des yeux qui se fermèrent sous son charme. Quand le dieu eut passé, le voile fut ôté mais les yeux restèrent fermés et leurs larmes tarirent. Le désert alors s’assécha, ses habitants durent fuir, la végétation disparu. Tous s’en allèrent, sauf les sables qui ne savaient comment se débrouiller sans la surveillance de leur génitrice. Le désert devint un continent de poussière et de cailloux et plus rien n’y poussa. Seuls, les sables attendaient que les larmes de leur mère reviennent.

Un poète qui, dit-on, aurait été le seul à traverser le désert d’Oklahm dans le sens de sa longueur, déclara que les voiles qui tuent les larmes pour cacher la vérité n’étaient pas dignes de porter le même nom que celles qui poussent les bateaux des marins en quête d’aventure et de terres nouvelles, même si ces dernières se différencient des premiers par le genre féminin qui leur est associé. Il proposa alors de donner un nom spécifique à chaque voile, afin d’anoblir leur fonction et en signe de reconnaissance pour le soutient qu’elles apportent aux hommes qui naviguent, en se mettant aux services des vents qui les font gonffler. C’est pourquoi l’on chante aujourd’hui la trinquette, le grand cacatois, la brigantine, la misaine ou encore le grand perroquet. Seule la grand voile est toujours nommée voile et reste associée au charme qui endormit naguère les yeux du désert d’Oklahm.