Il est dit que dans les jours qui suivirent les travaux du début du monde, lorsque Premier Souffle eut donné à chaque animal son nom et sa mission, ours vint vers lui et lui demanda :
– Premier Souffle, tu m’a couvert d’une épaisse fourrure et m’as pourvu de bonnes griffes. De cela, je te suis très reconnaissant. Ma fourrure me permettra de passer l’hiver sans risquer de prendre froid et mes griffes me seront très utile pour grimper aux arbres et prendre aux abeilles le miel qu’elles savent préparer. En revanche, poursuivit ours, tu m’as fait pataud et je ne sais pas danser.
Premier Souffle fut un peu surpris par cette remarque et dit alors à ours :
– Tu ne sais pas danser car j’ai donné l’art de la danse à gazelle et à grue, qui sont légères et aériennes. Mais de toi, ours, j’ai besoin de ta force et de ta bravoure. Je n’ai pas le désire de te voir danser pour égayer mes soirées solitaires.
– Je sais bien, dit ours, mais le problème, c’est que les femelles ourses aiment bien la danse et si je veux en prendre une pour femme, il faut bien que je puisse la faire danser. Or, quand j’essaye, je me sens ridicule et je n’ose pas me lancer. Si tu ne fais pas quelque chose, je n’oserai jamais prendre de femme et la race des ours disparaîtra.
Premier Souffle n’avait pas pensé à cela et il se mit en quête d’une solution. Il demanda à Pluie si elle pouvait apprendre quelque pas à ours, mais Pluie répondit que cela ne fonctionnerait pas car ours était trop lourd et sa danse déclencherait des ouragans diluviens. Premier Souffle demanda alors à Soleil mais Soleil répondit qu’ours était trop poilu et que danser provoquerait en lui une telle montée de température qu’il en mourrait certainement. Premier Souffle, ne sachant plus à qui s’adresser, ferma alors les yeux quelques secondes. Papillon vint alors se poser sur son nez et lui souffla :
– Moi, je veux bien apprendre à ours à danser, si tu le veux.
– Toi ? dit Premier Souffle. Tu n’as donc pas peur qu’il provoque des typhons ou qu’il meure étouffé sous la chaleur de sa fourrure ?
– Non, dit papillon. Je sais comment faire.
– Et comment feras-tu ? demanda alors Premier Souffle.
– C’est très simple, répondit Papillon. Je vais simplement lui apprendre à se balancer, doucement, sans provoquer ni tempête ni chaude transpiration.
– Mais ce ne sera pas une danse, reprit Premier Souffle. La femelle ourse ne voudra pas s’accoupler avec lui et nous perdrons la race des ours, dont j’ai besoin pour l’équilibre de la nature du monde.
– Si, reprit Papillon. Ce sera bien une danse. Car je me poserai sur le bout se sa truffe et ainsi, son pas sera allégé et aérien, comme celui d’antilope. Et la femelle ourse sera ravie de voir son bon ours danser, la truffe en l’air et le pas léger.
– Très bien, dit alors Premier Souffle. Apprends donc à ours à danser en te posant sur son nez et ainsi, assure la descendance de la race des ours.
Papillon alla donc trouver ours et, comme il l’avait promit à Premier Souffle, il lui apprit les quelques pas de danse qui allaient lui permettre de séduire sa femelle ourse pour fonder une belle famille. Ours fut enchanté et ravi de savoir que papillon resterait sur le bout de sa truffe durant la danse, lui permettant ainsi de se sentir moins seul dans ce ballet qu’il appréhendait.
Le lendemain, ours alla donc chercher sa femelle ourse et dansa devant elle le pas de l’ours amoureux. Cette danse conquit immédiatement femelle ourse qui l’épousa sur le champs.
Et c’est pour cette raison que si vous voyez un jour un ours danser, regardez bien le bout de sa truffe : vous y verrez un papillon qui bat des ailes et l’aide à marquer les pas du ballet amoureux qu’il exécute. Et cela pour le plus grand plaisir de dame ourse.