Lorsque Premier-Souffle se mit en devoir d’organiser le début du monde, il ne s’était pas rendu compte que la tâche serait plus compliquée qu’il ne le pensait : il fallait s’occuper de toutes les plantes, des plus petites mousses jusqu’aux arbres gigantesques qui touchaient presque le ciel; de tous les animaux, depuis la plus minuscule des cellules jusqu’aux puissantes baleines des mers et aux reptiles géants qui allaient dominer la Terre pour des dizaines de millions d’années ; arranger toutes les pierres, des plus simples aux plus précieuses, qui se forgeaient dans les volcans du début du monde. C’était un travail colossal.

Premier-Souffle décida alors de choisir de l’aide parmi les animaux qu’il avait créés et se dit qu’ Être Humain, dont l’esprit lui ressemblait, ferait très bien l’affaire. Il appela alors Être Humain et lui dit :

– Être Humain, toi dont l’esprit me ressemble, je te confie la tâche de bien contrôler que tout ce que j’organise se comporte de manière conforme au plan que j’ai prévu pour ce monde. Je te donne également, comme preuve de la puissance que je t’accorde, le pouvoir de faire et de maîtriser le feu. Prends-en bien soin et ne te le laisse pas dérober.

Mais c’était sans compter sur Singe qui, lorsqu’il apprit la nouvelle, se mit dans une colère terrible :

« Comment Premier-Souffle a-t-il pu choisir mon cousin pour l’aider dans sa mission alors que je suis bien plus habile que lui ? Regardez-le, il est nu, sans poils, ne sait pas grimper aux arbres, il n’a que deux mains alors que j’en ai quatre. Impossible, Premier-Souffle a du se tromper, il faut que je lui parle ! »

Singe alla donc trouver Premier-Souffle pour lui faire part de son incompréhension et de son indignation, mais Premier-Souffle lui répondit que c’était bien Être Humain qu’il avait choisi pour l’aider car son esprit lui ressemblait. Singe ne décoléra pas et reparti avec la ferme intention de se venger de ce qu’il considérait comme une totale injustice.

Or, en redescendant du Mont Sacré sur lequel Premier-Souffle veillait à la bonne mise en marche du début du monde, Singe aperçut tout-à-coup une lumière qui scintillait quelque part dans la plaine. Il s’en approcha et, alors qu’il allait arriver au bas de la montagne, il vit qu’il s’agissait d’un feu qu’Être Humain venait de préparer, pour passer la soirée au chaud et éloigner de lui les potentiels dangers qui pourraient rôder dans la plaine.

– Quel idiot ! pensa immédiatement Singe. Il a fait un feu et s’en est éloigné. Vite, allons lui voler le feu que Premier-Souffle lui a donné et m’a refusé.

Et Singe courut de toutes ses forces jusqu’au feu. Quand il fut arrivé près des flammes, il voulut en saisir une, mais celle-ci lui échappa des mains et …

…et il se brûla, bien sûr ! Car si Singe voyait que le feu éclairait, il ne savait pas qu’il brûlait, et qu’il brûlait même très fort. Il poussa alors un cri strident et s’enfuit à toutes jambes.

Premier-Souffle, qui avait depuis le Mont Sacré vu toute la scène, descendit alors vers Singe et lui dit :

– Pourquoi as-tu voulu voler le feu à Être Humain ? Tu ne dois pas prendre aux autres ce que je leur ai donné. Et avant de chaparder, renseignes-toi au moins sur ce que tu dérobes. Cela t’évitera de te faire du mal.

– Singe resta muet et continua de souffler sur sa main qui le brûlait très fort.

– Bien, dit Premier-Souffle, qui se mit alors également à souffler sur la main de Singe afin de la soigner. A présent, retourne dans la forêt et tâche de bien te conduire. Et que je ne te reprenne plus à chaparder. Puis il souffla sur le feu pour l’éteindre en pensant qu’il devrait apprendre à également à Être Humain de ne jamais laisser un feu sans surveillance. Et il se dit qu’il allait avoir encore beaucoup de travail pour la mise en place du début du monde.